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Un site historique

Le nom actuel du cimetière provient de celui du confesseur du roi Louis XIV, le père jésuite François de la Chaise d'Aix. Pendant plus d'un siècle, de 1626 à 1762, les Jésuites de la rue Saint-Antoine détiennent une propriété aux portes de Paris, composée d'un parc entourant une élégante demeure dominant la colline de Charonne. En 1804, ce domaine resté d'un seul tenant est vendu à la Ville de Paris qui en fait le plus vaste cimetière de la capitale. À partir du jardin à la française, Alexandre Théodore Brongniart (1739-1813), l'architecte de la Bourse, conçoit un nouveau type de nécropole mêlant étroitement parc à l'anglaise et lieu de recueillement.
Lorsque le Père-Lachaise ouvre ses portes le 21 mai 1804, les Parisiens n'ont connu que les petits cimetières intra-muros et sont réticents à un tel éloignement de leurs morts. En 1817, la fermeture du musée des Monuments français fournit l'occasion de transférer au Père-Lachaise de célèbres tombeaux, tels ceux de La Fontaine et de Molière (25e division) ou celui d'Héloïse et d'Abélard (7e div.). L'exemple des grands hommes (maréchaux d'Empire, savants, poètes), qui y sont désormais inhumés, alliée à une poussée démographique considérable sur cette période, vont lancer le Père-Lachaise. Vers 1830, 33 000 tombes y sont dénombrées et le cimetière doit être agrandi. Entre 1824 et 1850, six extensions successives lui donneront sa surface actuelle, soit près de 44 ha. Le cimetière totalise aujourd'hui 70 000 concessions. Plus de 600 000 corps y reposent, veillés par une légion d'arbres.

Ce premier cimetière jardin est divisé en deux parties. La plus ancienne est traitée en jardin anglais avec de vastes avenues courbes reliées par de petites allées accrochées à la pente. La seconde, la plus récente, au Nord Est, revêt un aspect plus minéral et géométrique.

Un grand espace vert

Le cimetière du Père-Lachaise est un site touristique très fréquenté avec plus de 3 millions de visiteurs par an.
Cette nécropole, la plus célèbre de France, est aussi un des plus beaux espaces verts de la capitale et un réservoir de biodiversité entièrement entouré d'un grand mur de pierre. L'entrée principale située boulevard de Ménilmontant est marquée par un immense portail érigé en 1822 par Étienne-Hippolyte Godde (1781-1869), architecte de la Ville de Paris qui réalisa aussi la Chapelle de l'Est à l'emplacement de la maison du Père de la Chaise (55ediv). Ce portail représente une frontière symbolique entre la vie et la mort et une nette coupure entre l'agitation urbaine et le calme de ce site classé.

Pour faire écho à ce grand portail, tout de suite en entrant, à gauche, à l'angle, derrière le local d'accueil, se dresse un monumental platane d'Orient (Platanus orientalis). Cet arbre remarquable planté en 1890, aujourd'hui haut de 25 m présente une circonférence de 3 m 55. Son port libre et son long fût droit dont le poids est estimé à 10 tonnes en font un des plus beaux sujets du cimetière.
Dans son prolongement, l'allée est ombragée d'un alignement de tilleul à petites feuilles (Tilia cordata) et de tilleul argenté (Tilia tomentosa). Ce dernier, originaire des rives de la mer Noire et du Caucase, choisi surtout pour sa résistance aux atmosphères polluées des villes, a révélé un effet narcotique voire délétère sur les abeilles et les bourdons. La raison est la présence dans son nectar d'un sucre non digestible par les butineurs. Pour préserver les abeilles et les bourdons, la plantation des essences indigènes comme le tilleul à petites feuilles ou le tilleul à grandes feuilles (Tilia platyphyllos) est préférable. L'ailante (Ailanthus altissima) proche de l'avenue Thirion est un jeune sujet spontané de 7 m de haut et de 40 cm de circonférence. Munies de graines ailées, les ailantes se disséminent et croissent en grand nombre entre les tombes. L'espèce est à ce jour considérée comme exotique envahissante.

Rejoindre l'avenue principale.

Des abris en toutes saisons

Dans cette allée pavée, plantée de chênes verts (Quercus ilex), résonne le cri rauque d'alerte du geai des chênes (Garrulus glandarius). Bon imitateur, il reproduit des sons d'oiseaux, voire de chat ou de grincement de porte. Pilleur de nids, il consomme aussi insectes, vers de terre et fruits. Friand de glands, il en transporte jusqu'à 4 dans une petite poche sous son bec. Dissimulés dans des cachettes en prévision de l'hiver, les glands oubliés germeront au printemps, permettant ainsi au chêne de se disséminer.

L'alignement de chênes verts au feuillage persistant comme celui de thuyas d'Orient (Platycladus orientalis) fournit à la faune ailée sauvage - geais, pies, mésanges - des cachettes en toutes saisons et surtout en hiver où le feuillage fait défaut sur la plupart des arbres.

Le chêne vert, essence méditerranéenne, installé en remplacement des thuyas morts, a été très planté ces dernières années à Paris car il convient bien au changement climatique. Les plantations d'arbres à Paris présentent une palette végétale d'essences variées résistantes aux stress hydriques en été et aux hivers rigoureux - arbre de Judée, micocoulier, frêne de Syrie, lilas des Indes - mais aussi des essences indigènes - érable sycomore, érable plane, frêne commun, tilleul à petites feuilles, tilleul à grandes feuilles...
Remonter l'allée jusqu'au Monument aux morts.

Plus que centenaire, un majestueux cèdre du Liban (Cedrus libani) se dresse à droite du Monument aux morts d'Albert Bartholomé (1848-1928), sculpteur inhumé en face de son œuvre majeure, dans un tombeau avec gisant, Inauguré en 1899, le Monument aux morts est dédié « aux inconnus, aux morts de la fosse commune et à ceux dont le corps n'a pu être retrouvé ». Tel le fronton d'un hypogée, le monument forme depuis 1953 la façade de l'ossuaire municipal où sont conservés les ossements en provenance des concessions échues des cimetières parisiens. Désormais, le nouvel ossuaire de Paris est installé au cimetière de Thiais. Les cimetières parisiens sont au nombre de 20 : 14 cimetières intra-muros (dont les cimetières de Montmartre et du Montparnasse) et 6 cimetières extra-muros, gérés par la Ville de Paris (Thiais, Ivry, Bagneux, Pantin, Saint-Ouen, La Chapelle). Ce patrimoine représente une superficie globale de 422 hectares dont 73 ha d'espaces verts. Un atout pour la faune et la flore sauvages qui y trouvent refuge à l'abri du tumulte de la ville.

Le cèdre du Liban, planté en 1870, est remarquable par sa hauteur de 20 m, et par le fait qu'il est haubané, consolidé par des câbles, pour palier à la fragilité de son tronc fourchu. Cette opération non traumatisante est une alternative à une taille sévère. Les fruits, des cônes dressés de 10 cm vert jaunâtre puis pourpre à maturité restent sur l'arbre durant trois ans. Des restes de repas, rameaux décapités de bourgeons, au pied de l'arbre atteste de la présence de l'écureuil roux (Sciurus vulgaris).

Cet animal ambassadeur de la trame arborée parisienne confirme par sa présence la qualité écologique du milieu et l'intérêt de conserver les arbres âgés. Ce résineux offre le gîte et le couvert à une multitude d'animaux, comme le roitelet huppé (Regulus regulus) qui construit dans les plus hautes branches du conifère son nid en forme de hamac. Minuscule (5 à 7 grammes pour 9 cm) et rondelet, le roitelet porte sur sa tête ronde un bandeau jaune vif bordé de noir très caractéristique, il est l'un des plus petits oiseaux d'Europe.
Prendre les escaliers à gauche du Monument aux Morts bordé d'ifs.

L'if (Taxus baccata), toujours vert, est un arbre qui abonde dans les cimetières. Cette essence au bois très dur, imputrescible, compact et homogène, croit très lentement lui assurant une longévité millénaire. Il est ainsi un symbole d'immortalité, gardien des défunts.
Rejoindre l'avenue Neigre, première allée à gauche.

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